Après l’accord de Brazzaville, le président du parlement entame des consultations tous azimuts A peine rentré de Brazzaville où un accord de cessez-le-feu a été signé mercredi soir, le président du Conseil national de la transition (CNT), parlement provisoire, Alexandre Ferdinand Nguéndet, a entamé le week-end une série de consultations avec la classe politique.

Vendredi, il a rencontré l’ancien ministre Désiré Zanga Kolingba et le coordonnateur de la plateforme Alternance citoyenne pour la démocratie et la paix (ACDP), Enoch Derant Lakoué.

« Je voudrais que mon pays retrouve le chemin de la sécurité et de la paix. Je serais la dernière personne qui remettrait le pays dans tout le tourbillon que nous avons connu ces derniers temps », a assuré à l’issue de l’entretien l’ancien ministre Kolingba.

Pour Enoch Derant Lakoué, qui est également président du Parti social- démocrate (PSD), la rencontre avec le président du parlement de transition constitue un pas vers la normalisation. « Il était bon que nous puissions échanger pour voir comment on peut capitaliser cet acquis et réfléchir ensemble sur ce qu’il y a lieu de faire pour le désarmement, la démobilisation », a estimé l’ancien Premier ministre.

Samedi, Alexandre Ferdinand Nguéndet s’est entretenu avec une  délégation des Antibalaka conduite par leur coordonnateur général Patrice Edouard Ngaïssona. « Nous avons rappelé aux Antibalaka l’engagement qu’ils ont pris devant le peuple et devant la communauté internationale, qu’ils ont cessé définitivement les hostilités pour que le pays retrouve la quiétude et la sérénité sur tout l’ensemble du territoire », a rapporté le président du CNT, interrogé par RNL. « Nous avons tenu un langage fraternel et de fermeté à l’intention des responsables des Antibalaka », a-t-il affirmé.

Il a ajouté avoir prévenu que des mesures seraient prises contre quiconque violera l’accord de cessez-le-feu.

Le conseiller du Premier ministre en matière de désarmement et démobilisation, Joachin Kokaté, a abordé dans le même sens, en assurant que tout serait fait pour neutraliser les éléments incontrôlés semant la désolation au nom de cette milice. « Nous sommes en train de faire un travail de fond pour que tous les faux Antibalaka ne puissent plus exercer », a-t-il affirmé, soulignant que l’accord de Brazzaville doit « être strictement respecté ».

Le président du CNT a annoncé qu’il rencontrerait prochainement des représentants de l’ex- Séléka encore à Brazzaville.

Après le forum de Brazzaville, la présidente annonce un gouvernement de large ouverture Au lendemain de la signature de l'accord de cessez-le-feu, dans la capitale congolaise, la présidente de transition de la République Centrafricaine, Catherine Samba-Panza, a annoncé jeudi à Bangui une plus large ouverture des institutions.

« Nous avons commencé par la volonté d'arrêter les violences. Ensemble, nous verrons avec les partenaires au développement quel type de désarmement et de réinsertion nous voulons», a expliqué la présidente qui s'adressait à la presse.

L'accord de Brazzaville prévoit la cessation des crimes de toutes sortes. Les parties s'engagent également à lever les barrages illégaux pour permettre à l'administration d'avoir accès à l'ensemble du territoire national. Les deux principaux protagonistes de la crise actuelle, Séléka et Antibalaka, s'engagent en outre à mettre fin aux administrations parallèles.

Le Forum de Brazzaville n'a cependant pas réussi son pari initial de parvenir  à un accord fixant le cadre du désarmement et de la démobilisation des combattants des diverses milices dans le pays et à l'établissement d'une feuille de route pour un nouveau processus de normalisation politique.

« Des attentes ont été exprimées. A la suite de cette rencontre, il faut faire des efforts pour davantage d'ouverture. Il faut ouvrir les bras à nos frères et sœurs des autres sensibilités », a ajouté la présidente centrafricaine.

A l'ouverture du Forum, lundi, elle avait promis « des actes politiques majeurs », après la rencontre, afin de « conduire la transition de manière consensuelle et inclusive, en tenant compte de toutes les sensibilités géographiques, politiques, communautaires et sociales » du pays.

Pour sa part, le troisième vice-président de l'ex-Séléka, Mahamat Taib Yacoub, a regretté que son mouvement ait revendiqué la partition de la RCA. « C'était la colère. Mais, nous sommes parvenus à un accord. Il est hors de question de parler de partition », a-t-il indiqué  jeudi, devant la presse, à Bangui. Le leader de la Séléka semblait répondre aux nombreux habitants de Bangui venus accueillir la présidente, à son retour, en scandant « Non à la partition de la République Centrafricaine ».

L'archevêque catholique de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalaïnga, l'un des ténors de la plateforme religieuse, croit aussi « que tôt ou tard, les uns et les autres surmonteront » leurs divergences. Pour le prélat, « les Centrafricains s'engagent résolument vers la paix, main dans la main ».

Saluant également, l'étape de Brazzaville, le représentant du secrétaire générale de l'ONU en Centrafrique, Babacar Gaye, a pour sa part exhorté les acteurs centrafricains à « la sincérité » en vue de la mise en application de « ce qu'ils ont écrit ».

Car, comme le souligne, Abdon Liango, un des délégués du Conseil national de la jeunesse (CNJ) au Forum de Brazzaville, « ce qui pose problème, c'est l'application de ces résolutions, l'application des engagements pris ».

Forum de Brazzaville : l'espoir reste de mise malgré les positions de la Séléka L’ancienne rébellion de la Séléka a quitté la table des négociations lundi soir, alléguant notamment que l'ordre du jour des discussions avait été modifié. Elle est revenue dans la salle mardi alors que les travaux étaient censés s'achever ce mercredi, notamment par la signature d’un cessez-le-feu général.
 
Si participants et observateurs refusent pour l’instant de parler de blocage, une chose est sûre : l’ancienne rébellion donne déjà du fils à retordre aux médiateurs du Forum inter-centrafricain de Brazzaville sur la réconciliation nationale et le dialogue politique. Pour preuve, deux des trois groupes de travail mis en place ont suspendu leurs travaux, suscitant de nombreuses interrogations.

Les plus optimistes comptent sur une nouvelle délégation Séléka qui serait arrivée dans la capitale congolaise. Elle serait conciliante et disposée à prendre le contrepied de ses premiers délégués qui n’ont pas hésité à demander ouvertement une partition du pays. Mais l'arrivée des nouveaux délégués n’a pas encore été confirmée par la médiation.

« Il n’y a, de mon point de vue, réellement pas de blocage. Il y a des positions qui ont été exprimées et des tentatives de concilier ces positions », estime Enoch Dérant Lakoué, un vétéran de la politique centrafricaine.
Béatrice Epaye, membre parlement provisoire, espère aussi que la Séléka va revenir sur ses positions. « Souvent, dans les négociations, les gens mettent la barre trop haut. Ils peuvent faire monter les enchères pour essayer d’obtenir certaines choses. Je compte sur la sagesse des patriotes qui ont quitté la table des négociations pour qu’ils reviennent nous retrouver pour qu’on signe les accords », dit-elle.

Même optimisme de la part du gouvernement. « La seule issue qu’il y aura dans la crise centrafricaine, c’est le dialogue et les accords politiques. Il faudrait que les discussions se poursuivent au Congo et qu’on trouve des solutions, que la cessation des hostilités soit signée aussi bien que les accords de désarmement. Nous y tenons et je pense qu’on va y arriver », espère la ministre de la Communication et de la réconciliation nationale, Antoinette Montaigne.

De son côté, le mouvement des Antibalaka semble rappeler à ses adversaires des ex-Séléka que le moment est historique. « Au sortir de ce Forum nous, Antibalaka et ex-Séléka, devons signer un accord d’abord de cessez-le-feu et un accord de désarmement négocié », a insisté Sébastien Wénézouï, numéro deux du mouvement.

A Bangui, les habitants suivent de près la rencontre de Brazzaville. Plusieurs dizaines de musulmans ont ainsi marché ce mercredi au Km5 dans le 3ème arrondissement pour soutenir la partition du pays réclamée par l'ancienne Séléka.

Une marche critiquée par la communauté musulmane centrafricaine au Tchad.

« Nous refusons la partition du pays. Nous sommes appelés à vivre ensemble avec les non-musulmans », a réagi un porte-parole de la communauté, B. Mohamed, joint par téléphone.

Les partis qui ont boudé la rencontre de Brazzaville restent tous aussi mobilisés. Au cours d’une conférence de presse mardi à Bangui, la plateforme ''Sauvons le Centrafrique'' regroupant quatre formations politiques, a encore accusé la communauté internationale de se substituer aux Centrafricains.

La Séléka pose des conditions avant toute négociation Le porte-parole de l’Etat-major de l’ex-Séléka, le capitaine Ahmat Nedjad Ibrahim, a montré que « La principale revendication (de la Séléka) est la restitution du pouvoir ou bien la scission du pays. Il n’y a pas d’autres solutions ». Ahmat Nedjad Ibrahim a indiqué que l’aile militaire est disposée à accepter les résolutions du forum, à condition qu’elles soient acceptées par la coordination politique du mouvement. « L’Etat-major travaille en étroite collaboration avec l’aile politique. En tant que militaires, nous ne pouvons pas nous mêler des affaires politiques. Les discussions concernent beaucoup plus l’aile politique », a-t-il dit.  

Le porte-parole a estimé qu’il y a eu vice de procédure, « Le calendrier du Forum de Brazzaville n’a pas été respecté tout au début. L’ordre du jour a été modifié, ce qui a suscité des réactions au niveau de l’Etat-major ».

Dans son discours à l’ouverture du Forum lundi, Catherine Samba-Panza, la présidente de la transition a déclaré que, « Le moment est venu d’arrêter les hostilités, les destructions, l’enrôlement des enfants mineurs dans la rébellion et les violences faites à nos paisibles populations. Le moment est venu d’arrêter les exactions de toutes sortes, de faciliter le retour des déplacés chez eux, de passer au réapprentissage du vivre ensemble, d’enclencher le processus de réconciliation nationale et la dynamique de relèvement du pays ».

Une position que rejoint Ahmat Nedjad Ibrahim, « Le Forum de Brazzaville est une occasion pour nous d’avoir une solution de sortie de crise ».

Mais, « L’unité de la République centrafricaine, n’est pas négociable », a déclaré ce mardi au cours d’une conférence de presse à Bangui Martin Ziguélé, président de l’Alliance des forces démocratiques pour la transition (AFDT). Selon Martin Ziguélé, l’AFDT est prête à prendre sa responsabilité au cas où les grandes décisions qui seront prises à la fin du forum de Brazzaville ne seront pas conformes à la charte constitutionnelle de la transition.

Lundi à l’ouverture des débats, la communauté centrafricaine au Congo a marché pour soutenir le Forum de Brazzaville. Cette marche pacifique s’est déroulée sur une distance d’environ 500 mètres allant du stade Massamba Déba au palais des Congrès.

« La paix rien que la paix », ont demandé les Centrafricains au Congo lors de cete marche pacifique organisée en appui au Forum pour la paix et la réconciliation en Centrafrique. Brigitte Voémakoa, une commerçante centrafricaine, affirme qu’on ne résout pas un problème avec les armes. Docteur Jeannot Malikimo, vivant à Pointe Noire (Gabon), fait savoir que plusieurs cadres de la RCA sont obligés de quitter le pays à cause du désordre résultant des conflits.

La communauté centrafricaine vivant au Congo a également publié des recommandations demandant la réhabilitation des Forces armées centrafricaines (FACA), s’opposant à la partition de la Centrafrique, et  soutenant les efforts du médiateur dans la crise centrafricaine, Denis Sassou-Nguesso.

La rencontre inter-centrafricaine est à sa deuxième journée dans la capitale congolaise. Placé sous le signe de l’espérance et du compromis, ce forum regroupe 186 Centrafricains. Les travaux  se tiennent au palais des Congrès de Brazzaville et sont facilités par 6 experts Angolais en matière de réconciliation. Le point d'orgue de ces trois jours ouverts lundi sera l'accord de cessation des hostilités que signeront les groupes armés : Séléka et Antibalaka. Déjà, les leaders de l’ex-Séléka au Forum posent un préalable avant toutes négociations, la partition de la République centrafricaine (RCA).

Centrafrique : la présidente promet « des actes politiques majeurs » après Brazzaville Huit discours, parmi lesquels celui de la présidente de transition Catherine Samba-Panza, ont marqué l'ouverture lundi matin à Brazzaville du « Forum inter-centrafricain sur la réconciliation nationale et le dialogue politique ». Devant près de 200 délégués, Catherine Samba-Panza a annoncé une gestion plus consensuelle de la transition après la rencontre.
 
« Le forum qui s'ouvre aujourd'hui est une étape capitale de ce processus de dialogue politique et de réconciliation entre les filles et les fils de Centrafrique », a déclaré la présidente. « Il s'agit de réunir tous les acteurs de la crise centrafricaine autour d'une table pour se parler et dépasser les clivages dans le double objectif de convenir à une cessation des hostilités et d'accepter un désarmement négocié de toutes les milices et des groupes armés », a-t-elle poursuivi.

Elle a promis que « des actes politiques majeurs » seraient posés par son gouvernement, après la rencontre de Brazzaville afin de « conduire la transition de manière consensuelle et inclusive, en tenant compte de toutes les sensibilités géographiques, politiques, communautaires et sociales » du pays.

Pour sa part, le président congolais, Denis Sassou Nguesso, médiateur international dans la crise, a rappelé que la communauté internationale ne fait qu'accompagner le processus en cours. « Plus jamais ça », a-t-il déclaré, appelant les acteurs à jouer pleinement leur rôle pour sortir leur pays de la crise.
 
Interrogés par RNL, le coordonnateur général des Antibalaka, Patrice- Edouard Ngaïssona et le porte-parole du mouvement, Brice Emotion Namsio, ont expliqué, de leur côté, qu'un travail en amont avait été effectué pour faciliter le dialogue inter-centrafricain. Brice Emotion Namsio a indiqué que la participation de son mouvement au forum visait à « donner espoir et vie à la République centrafricaine ». « Le peuple centrafricain a trop souffert », a-t-il souligné.

S'exprimant au nom de l'ex-Séléka, Abakar Sabone a présenté la situation en Centrafrique, non pas comme « une crise entre Antibalaka et ex-Séléka, mais plutôt une crise entre Antibalaka et musulmans ». Pour lui, ces deux protagonistes doivent se parler franchement.

Quelques acteurs politiques se sont également exprimés, dont Anicet George Dologuélé, président de l'Union pour le renouveau centrafricain (URCA), qui a assuré que « tous les acteurs politiques venus à Brazzaville vont se donner corps et âme pour que la paix soit acquise en République centrafricaine ».

Dans la salle, se trouvaient également de nombreuses personnalités centrafricaines en exil, comme l'ancien ministre de la Défense Francis Bozizé.

Les deux principaux leaders de l'ex-Séléka, Nourredine Adam et Michel Djotodia, étaient, pour leur part, absents.

De nombreuses formations politiques ainsi que les confessions religieuses et la société civile n'avaient pas non plus répondu à l'appel.

Dimanche, à la veille de l'ouverture du Forum, l'organisation Human Rights Watch avait mis en garde contre toute amnistie pour les auteurs des crimes les plus graves.

« L'amnistie est souvent la première demande des leaders qui ont du sang sur les mains », avait rappelé Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les médiateurs doivent faire comprendre que la paix durable ne peut être obtenue sans la justice et que personne n'est au-dessus de la loi », avait insisté cette organisation de défense des droits de l'Homme, dans un communiqué publié depuis Nairobi, au Kenya.

Forum de Brazzaville : les délégués sont sur place Les 186 délégués qui doivent réfléchir sur l'avenir du peuple centrafricain sont arrivés par vagues samedi et dimanche dans la capitale congolaise. On retrouve le pouvoir public, les Antibalaka, les hommes de l'ex-Séléka, les partis politiques, les représentants des femmes et des jeunes, ceux du Conseil national de transition (parlement provisoire) ainsi que les envoyés des syndicats. La société civile est la grande absente de ce forum.

La diaspora centrafricaine a également effectué le déplacement de Brazzaville. Les déplacés internes et les personnes à risques sont aussi représentés.

La présidente de transition Catherine Samba-Panza est arrivée dimanche à l'aéroport Maya Maya de Brazzaville. Elle a été accueillie par Denis Sassou Nguesso, médiateur dans la crise centrafricaine, et applaudie par la colonie centrafricaine au Congo, qui attend beaucoup de ce forum.

Le chargé de la jeunesse, des sports et de la culture au bureau de la colonie centrafricaine au Congo, Antoine Sokoula, a exhorté ses compatriotes à dialoguer dans la franchise. « Je souhaite que tous mes frères centrafricains se réunissent autour d'une table pour trouver un compromis. Nous demandons qu'au sortir de ce forum, ils enterrent la hache de guerre et se réfèrent à la devise de Barthélemy Boganda, père fondateur de la Centrafrique : Unité-Dignité-Travail », a-t-il dit.

«Il faut trouver un terrain neutre, et ce terrain, c'est Brazzaville », a renchéri le président de la communauté centrafricaine au Congo, Modeste Kombo Liamandji. « C'est un processus, cela ne va pas s'arrêter à Brazzaville. Il y aura un cessez-le-feu et après, nous allons repartir au pays pour chercher à nous entendre», a- t-il ajouté.

Pour donner plus de visibilité à ses attentes, la colonie centrafricaine au Congo organise une marche pacifique à l'ouverture des travaux, pour soutenir le forum de Brazzaville.

Seulement au pays, une incertitude plane dans les esprits des Centrafricains, au regard de toute la cacophonie qui a précédé ce rendez-vous. La plateforme religieuse et une quarantaine de partis politiques se sont accordés pour dire non au forum de Brazzaville. Des organisations de  société civile se sont jointes au mouvement. Devant cette situation, les autorités de transition ont organisé un atelier pour convaincre les couches vives de la nation à aller à Brazzaville. Au dernier moment, les dossiers ne sont pas ficelés, il manque encore des précisions. Et les délégations se retrouvent dans la capitale congolaise. Que vont- elles faire exactement du moment où elles ne sont pas parvenues à se mettre d'accord sur ce qu'elles ont à discuter à Brazzaville ?

Tout ce que le citoyen lambda sait, c'est que le calendrier prévoit des engagements pour la cessation des hostilités. Malgré la présence d'une opération militaire française et de troupes de l'Union africaine, les groupes armés continuent d'endeuiller le pays.

Le Centrafricain n'a que des interrogations. Est-ce encore l'occasion d'un partage du gâteau national? S'agit-il de blanchir les bourreaux et les insérer dans le gouvernement et les autres institutions du pays ? Est-ce encore une occasion pour modifier les textes fondamentaux du pays au profit de certains intérêts égoïstes et au détriment de l'intérêt général ? Est-ce encore une occasion pour tourner le dos aux victimes qui attendent que justice soit faite ?

Les Centrafricains sont dans l'incertitude et demandent aux acteurs de Brazzaville de faire preuve de responsabilité. Car ils auront des comptes à rendre à leur retour à Bangui.

Catherine Samba Panza plaide pour le Forum de Brazzaville La présidence de la République, dans sa détermination à réussir le forum de Brazzaville, a réuni ce jeudi la classe politique, la plateforme religieuse et la société civile. Il a été question d’éclairer la lanterne des forces vives de la nation sur les avantages de cette rencontre de Brazzaville.

Dans son intervention, la présidente de la transition, Catherine Samba Panza a informé les participants que, « La communauté internationale appelle de tous ses vœux à des pourparlers entre les groupes armés belligérants. Ainsi les autorités de la transition ont marqué leurs accords sur les recommandations du sommet de Malabo confirmé par les conclusions de la réunion du groupe international de contact pour l’organisation d’un forum à Brazzaville du 21 au 23 juillet 2014 ».

« Ce forum devra aboutir à l’arrêt de toutes les violences à travers la signature par les entités concernées d’un accord de cessation des hostilités et du désarmement des groupes armés », a indiqué Samba Panza.

L’argumentaire de Catherine Samba Panza face aux participants n’est pas loin d’être un plaidoyer. « Ma volonté de réunir les Centrafricains autour d’une table est incontestable. C’est à ces fins que j’ai formulé la vision de sortie de crise, articulé le dialogue permanent, la cessation des hostilités, la vérité, la justice et la réconciliation à la base », a déclaré la présidente de la transition.

Toujours selon Catherine Samba Panza, « Le Forum de Brazzaville sera la première étape de ce processus de dialogue inclusif et de réconciliation entre tous les Centrafricains.  Il sera suivi d’autres étapes à conduire en terre centrafricaine pour assurer la participation des différentes couches de la population et l’appropriation du processus à savoir des concertations organisées dans les différentes préfectures du pays et un forum élargi à Bangui », a-t-elle ajouté.

Catherine Samba Panza n’a pas fait la sourde oreille aux multiples raisonnements fournis par la classe politique, la plateforme religieuse et la société civile sur le Forum de Brazzaville. « Des spéculations faites autour du Forum de Brazzaville, je perçois des inquiétudes sans doute fondées sur les expériences infructueuses des rencontres similaires dans le passé ». Seulement, « L’élan patriotique qui s’est spontanément manifesté à travers vos diverses réactions à l’annonce de la rencontre de Brazzaville est la preuve de la maturité de la classe politique et de toutes les forces vives de la nation », a affirmé Catherine Samba Panza.
 
« J’aimerais vous rassurer que Brazzaville ne sera pas une rencontre de trouble, ni une nouvelle humiliation pour le peuple centrafricain. Brazzaville est une opportunité pour que les Centrafricains puissent à nouveau se parler », a-t-elle conclu. 

Reste à savoir si l’appel lancé par Catherine Samba Panza sera entendu par les partis politiques, la plateforme religieuse et les associations de la société civile qui refusent jusque-là de faire le déplacement de Brazzaville. 

La rencontre de ce jeudi va permettre de mettre en place trois commissions ; celle qui s’occupe de la cessation des hostilités, la commission accord négocié sur le désarmement et retour dans les zones d’origine ; enfin, celle axée sur les critères d’identification des entités et de qualification des participants au dialogue brazzavillois.

Sur l’accord de cessez-le-feu, le document s’est focalisé sur les groupes armés non conventionnels dont six groupes du côté de la coalition Séléka, les Antibalaka et quatre groupes classés dans « autres groupes armés ».

Cette question du Forum de Brazzaville a également été soulevée  à l’ouverture de la 4e session extraordinaire du Conseil national de la transition (CNT), parlement provisoire, ce 17 juillet.

Le président du parlement provisoire, Alexandre Ferdinand Nguéndet, trouve que la participation des forces vives de la nation aux assises de Brazzaville est un impératif.

« J’exhorte tous les Centrafricains épris de paix, d’unité et de concorde nationale, à faire le déplacement de Brazzaville. Comprenant la position de certains partis politiques et organisations de la société civile, la paix qui n’a pas de prix à un prix. Et le prix à payer, c’est d’obtenir par tous les moyens nécessaires un cessez-le-feu », a encouragé le président du CNT.

Par contre, la Cellule de réflexion de l’Université de Bangui, dans une déclaration publiée le mardi dernier, estime qu’il n’est pas question d’aller ailleurs pour discuter des problèmes centrafricains.
 
Le rapporteur général, Boris Modeste Yakoubou relève qu’il est temps pour les Centrafricains de laver leurs linges sales en famille, « La République Centrafricaine est un Etat souverain et en vertu de cette souveraineté, nous déplorons le fait que de manière récurrente, les rencontres pour résoudre les problèmes du peuple centrafricain se tiennent ailleurs ».

Boris Modeste Yakoubou exige des partenaires internationaux qu’ils honorent leurs engagements. « A la communauté internationale, nous demandons le respect de la décision du peuple centrafricain, (…) d’avoir du respect pour leur engagement et de tenir compte de l’intérêt du peuple centrafricain », a sollicité le rapporteur général.

La position de la Cellule de réflexion de l’Université de Bangui est le résultat de la rencontre qui a regroupé plusieurs enseignants du supérieur le vendredi 11 juillet 2014.



 

Forum de Brazzaville : le Groupe de contact tente de convaincre la classe politique centrafricaine « Il n'y a pas d'agenda caché ». Des représentants du Groupe de contact international sur la Centrafrique ont plusieurs fois donné cette assurance mardi, dans leur effort de convaincre toute la classe politique centrafricaine de participer au Forum de Brazzaville, du 21 au 23 juillet.

Le Groupe des Huit a longuement expliqué que cette prochaine rencontre dans la capitale congolaise n'est qu'une étape visant à préparer le dialogue politique inclusif.
 
Il sera exclusivement question d'un accord de cessez-le-feu et d'un engagement de toutes les forces vives centrafricaines à participer à un dialogue politique inclusif, selon Abdoulaye Batili, représentant du secrétaire général des Nations unies en  Afrique centrale.

« Il n'y a aucun agenda caché, il n'y aura pas de modification des institutions de la transition. Tout ce qui sera fait, sera décidé en Centrafrique. Je voudrais, en tant que représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique centrale, le dire solennellement », a indiqué le diplomate.

Mais certains partis campent encore sur leur position à 5 jours de la rencontre. « Nous continuons à affirmer que les gens qui souffrent, qui meurent sont en Centrafrique. Que ce dialogue se fasse donc en Centrafrique. Jusqu'aujourd'hui, les arguments qui sont avancés ne nous convainquent pas », a réagi Renady Sioké, président du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC).

La société civile persiste et signe

Les explications du Groupe de contact ont cependant rassuré Jean Wilibiro Sako, président de l'Action pour le développement et la démocratie en Centrafrique (ADDC). « L'agenda de Brazzaville est maintenant un agenda suffisamment précis pour que nous puissions aller vers le cessez-le-feu et la cessation des armes. C'est une première qu'il nous faut absolument obtenir », a-t-il dit.

Pour sa part, la société civile, dans son ensemble, persiste et signe.  « Il est temps que les Centrafricains se réapproprient leurs problèmes et y trouvent des solutions sur le territoire national, car ce serait faire du tourisme en se rendant à ce forum de Brazzaville », ont estimé une centaine d'organisations réunies mardi à Bangui.

La semaine dernière, dans une déclaration commune, la grande majorité des partis politiques et toutes les confessions religieuses du pays avaient annoncé qu'ils ne feraient pas le déplacement de Brazzaville.

Par contre, les Antibalaka, le Groupe des partis politiques républicains-travaillistes et légalistes (GPP-RTL) et les associations membres de l'Observatoire  pour la promotion de l'état de droit ont plaidé en faveur de cette rencontre.

Le Groupe de contact doit encore rencontrer jeudi les partis les politiques et la société civile.

Forum de Brazzaville : les Antibalaka appellent à la participation de toutes les sensibilités Le mouvement des Antibalaka exhorte toute la classe politique centrafricaine à participer au Forum de Brazzaville qui doit se dérouler du 21 au 23 juillet. Cette rencontre demandée par le groupe de contact international sur la Centrafrique fait couler beaucoup de salive à Bangui où certains partis politiques disent préférer un forum sur la terre de leurs ancêtres.

Dans un communiqué publié lundi, le coordonnateur général des Antibalaka, Patrice-Edouard Ngaïssona, appelle les hommes politiques à renoncer à ce qu'il appelle « la politique du ventre ».

Il estime que le Forum de Brazzaville peut donner une chance à son pays de retrouver le chemin de la paix et de l'unité nationale.

Le communiqué précise que Brazzaville est le lieu approprié pour les Antibalaka de signer un véritable accord de cessez-le-feu avec les ex-Séléka.

Pour Ngaïssona, ce sont les mêmes acteurs politiques qui veulent toujours se maintenir au pouvoir au détriment de la grande masse des Centrafricains.

Prenant à témoin l'opinion nationale et internationale, il dénonce des hommes politiques « malhonnêtes » qui risquent, selon lui, de faire sombrer la RCA dans une crise interminable, compromettant ainsi l'avenir de la nation en général et de la jeunesse en particulier.

« Règlement de crises en terrain neutre »

Un appel similaire a été lancé par le Groupe des partis politiques républicains-travaillistes et légalistes (GPP-RTL), dans une déclaration commune également publiée lundi.  Pour ces partis, Brazzaville constitue « une occasion pour poser les bases des futurs dialogues censés se tenir en Centrafrique ».

« Les résultats des pourparlers ne doivent pas être une autre source d'échec et d'humiliation comme à Libreville en janvier 2013 et à Ndjamena et juin 2014 », espère le GPP-RTL, regroupant six formations, dont le Parti travailliste Kwa Na Kwa (KNK).

Un autre plaidoyer en faveur de la rencontre de Brazzaville vient de l'Observatoire pour la promotion de l'état de droit (OPED).

Pour cette organisation de la société civile centrafricaine, le forum est une étape indispensable dans la recherche d'une solution globale à la crise. Dans une déclaration rendue publique à l'issue d'une assemblée générale tenue le 12 juillet dernier, les membres de l'OPED indiquent que Brazzaville sera le lieu de rencontre de la communauté internationale et des acteurs nationaux.

L'organisation estime que Brazzaville ne sera qu'une étape qui précédera celle prévue à Bangui où toutes les sensibilités de la population doivent se retrouver pour débattre des causes profondes des crises récurrentes en RCA.

« Le mécanisme de règlement des crises ou des conflits armés en terrain neutre est un mécanisme de la communauté internationale qui s'est déjà appliqué à plusieurs pays », argumente l'observatoire citant les cas du Mali et du Soudan du Sud.

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