Depuis la suspension de certains programmes de gratuité des soins financés par des partenaires, certains parents n’amènent plus leurs enfants malades au Complexe pédiatrique de Bangui. Le retour de certains frais médicaux pousse plusieurs familles à hésiter avant de se rendre dans cet établissement. A cela s’ajoutent des plaintes concernant l’accueil pendant que l’équipe dirigeante se montre rassurante.
« Il n’y a pas assez de malades », témoigne Marceline, mère d’une fillette d’un qui souffre de la rougeole. Elle a déjà quatre au Complexe pédiatrique et indique avoir constaté une faible fréquentation. « C’est depuis dimanche que je suis là. C’est ce mardi qu’une femme est venue avec son enfant et on les a libérés. Les gens ne viennent plus comme avant », ajoute-t-elle.
Au Complexe pédiatrique de Bangui, les salles d’attente sont aujourd’hui moins fréquentées qu’auparavant. Dans les unités A et B que Radio Ndeke Luka a pu visiter, beaucoup de lits sont vides.
Retour des frais et accueil dénoncé
Depuis 2016, avec l’aide de ses partenaires, le gouvernement centrafricain a instauré dans les hôpitaux publics la gratuité ciblée des soins. Depuis, les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les femmes allaitantes sont pris en charges gratuitement. Mais certains parents rapportent le retour des frais ces derniers temps. Faute de moyens pour payer les consultations, les examens ou encore les médicaments, certains préfèrent recourir à l’automédication ou aux soins de proximité. Brigitte, rencontrée dans les parages de la pédiatrie en parle : « Avant, quand mon enfant tombait malade, je venais directement ici parce que les soins étaient gratuits. Aujourd’hui, il faut payer certains examens et médicaments. Comme je n’ai pas les moyens, je traite mes enfants au quartier ou de manière traditionnelle ».
A ces propos, professeur Jean Chrysostome Gody, directeur du Complexe pédiatrique de Bangui, rétorque : « A ce jour, le gouvernement maintient toujours la gratuité, mais sous l’angle de la gratuité ciblée. On a révisé tout simplement notre position de la gratuité totale à la gratuité ciblée ». Cette mesure annoncée en novembre 2025 est entrée en vigueur début 2026 et cible les enfants de zéro à cinq ans, les femmes enceintes et les femmes allaitantes. Et la prise en charge dépend de la disponibilité des médicaments.
Mais en plus du « rétablissement de certains frais », les parents qui continuent de fréquenter le complexe pédiatrique déplorent les conditions d’accueil. Sous l’anonymat un usager, partage son expérience : « Mes enfants sont des jumeaux. Je les ai amenés à l’hôpital vers 10 heures. Nous avons payé le carnet et on nous a envoyés chez le médecin. Nous sommes restés jusqu’à 12 h, et c’est à cette heure-là que le médecin est sorti pour nous dire qu’il a travaillé depuis la veille et qu’il allait poser son sérum. Son collaborateur viendrait nous recevoir ». Pour le directeur du Complexe pédiatrique, les tensions autour de l’accueil relèvent d’un problème de civisme.
Face à cette situation, les responsables sanitaires lancent un appel aux autorités et aux partenaires. Ils souhaitent un renforcement de l’appui afin de garantir aux enfants, en particulier les plus vulnérables, un accès régulier aux soins pédiatriques.
-A écouter : Professeur Jean Chrysostome Gody, directeur du Complexe pédiatrique de Bangui est l’invité de la rédaction de ce jeudi 3 septembre. Il répond aux questions d’Emmanuel Samboli.
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