Reprises depuis le 27 janvier dernier, les audiences de la Cour pénale spéciale (CPS) dans l’affaire dite « Guen » se poursuivent avec l’audition des témoins à charge, marquée par des phases d’interrogatoire et de contre-interrogatoire.
À travers ces audiences, la Cour cherche à établir la responsabilité des accusés dans les attaques perpétrées contre la communauté musulmane de Guen (Ouest, préfecture de Mambéré) entre février et mars 2014. C’est dans ce cadre que Gambo Yaya, issu de l’ethnie haoussa, a été entendu pendant deux jours par l’ensemble des parties au procès. Témoin direct de certains événements, il affirme se trouver à Guen au moment des faits et avoir échappé de justesse aux violences. Dans son récit, il évoque des scènes de pillages, de meurtres et de viols commis lors des attaques.
Par ailleurs, son témoignage a directement mis en cause l’accusé Edmond Beïna, qu’il dit avoir reconnu dans le box des accusés. Selon lui, ce dernier aurait voulu s’en prendre à un groupe de musulmans réfugiés chez Ali Garba.
En revanche, la défense de Philémon Kaïna, un autre accusé, conteste la cohérence des déclarations du témoin, pointant plusieurs contradictions. Interrogé sur d’éventuelles exactions imputées à cet accusé, Gambo Yaya les a niées, alors qu’il l’avait pourtant cité lors d’une précédente déposition.
De son côté, la défense de Maturin Kombo souligne des incohérences dans les propos du témoin, lequel affirme avoir vécu deux ans à Guen tout en évoquant des allers-retours. En outre, son manque de connaissances sur certains éléments concernant l’accusé affaiblirait, selon la défense, la crédibilité de son témoignage. S’agissant de Dieudonné Gomitoua, toujours en fuite, le témoin a indiqué ne pas connaître son rôle présumé dans le meurtre de Bandjoupou, conseiller municipal de Guen. Dans l’ensemble, les avocats de la défense remettent donc en cause la fiabilité de ce témoignage.
Pour sa part, le parquet spécial estime que le témoignage demeure constant et ne relève aucune contradiction substantielle dans les faits soulevés par la défense.
Rappelons que les accusés sont poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Guen, une localité de la préfecture de la Mambéré, entre février et mars 2014. Ces attaques avaient causé la mort de nombreuses personnes et entraîné d’importantes destructions de biens.
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