Biscuits « envoûtés », jetons « mystérieux et fantômes » : des rumeurs qui paralysent les cours à l’école La Colombe à la sortie nord de Bangui
Vue d'un bâtiment de l'école La Colombe sur la route de Boali. Photo : RNL/Allahrdi Aristide Allayam, mars 2026.

Biscuits « envoûtés », jetons « mystérieux et fantômes » : des rumeurs qui paralysent les cours à l’école La Colombe à la sortie nord de Bangui

Depuis le début du mois de mars, l’école mixte La Colombe, située au PK26 sur la route de Boali, est au cœur de nombreuses rumeurs. On parle de biscuits prétendument ensorcelés distribués par le Programme alimentaire mondial, de pièces de monnaie qui se changeraient en serpents ou en fleurs, et même de fantômes aperçus dans les salles de classe. Ces histoires ont semé l’inquiétude chez certains parents et perturbé le déroulement habituel des cours. Pour en avoir le cœur net, l’équipe #StopAtènè de Radio Ndeke Luka s’est rendue sur place afin de vérifier les faits. 

Ecole La Colombe au Pk 26 de Bangui, sur la route de Boali

Des biscuits accusés à tort d’avoir causé un décès

La première rumeur évoque des biscuits distribués aux élèves par le Programme alimentaire mondial, aliments qui seraient envoûtés et qui auraient provoqué la mort d’une élève. Pourtant, selon Christian Ouibossé-Bezane, directeur de l’école La Colombe filles, il s’agissait d’une distribution habituelle de vivres effectuée début mars, à laquelle des biscuits avaient simplement été ajoutés. Les élèves des deux sections (filles et garçons) ainsi que les enseignants en ont consommé, sans qu’aucun incident ne soit signalé.

Ce même jour, une élève a malheureusement été victime d’un accident de la circulation en rentrant chez elle. Elle est décédée des suites de ses blessures, et ses parents ont informé l’école le vendredi 6 mars. Mais très vite, certains parents ont établi un lien entre ce drame et les biscuits distribués, affirmant qu’ils seraient envoûtés.

Plusieurs témoignages recueillis contredisent cette version.

Naomi, élève en classe de CM1, explique avoir mangé ces biscuits comme ses camarades sans subir de problème. « Il n’y a rien de dangereux dans les biscuits que le PAM nous a apportés. Le but est de motiver les élèves à venir massivement aux cours », affirme-t-elle avant de conseiller ses paires : « L’école est très importante, surtout pour une fille. Elle nous donnera du travail et nous permettra de prendre soin de nos parents dans l’avenir. J’invite mes sœurs à revenir en classe. Les rumeurs qui circulent ne sont pas vraies ».

Des pièces de monnaie transformées en fleurs, chenilles et serpent ?

La deuxième rumeur concerne trois pièces de 50 francs découvertes dans une salle de classe. D’après les informations recueillies sur place, des élèves de CP2 du groupe filles ont trouvé ces pièces le lundi 3 mars. Au lieu d’en parler à leurs enseignants, elles les ont apportées chez un pasteur de l’église apostolique du PK26 pour une séance de prière. La rumeur raconte alors que, pendant cette prière, les pièces se seraient transformées tour à tour en fleurs, en serpent puis en chenille.

Le pasteur concerné, Dieudonné Théophile Bangué, dément catégoriquement ces affirmations. « Les élèves m’ont remis ces trois pièces de 50 francs. J’ai simplement fait une prière. Contrairement aux rumeurs, l’argent ne s’est transformé ni en fleurs, ni en chenille, ni en serpent. Cela fait déjà plusieurs jours que j’ai utilisé cet argent pour acheter du café, et rien ne m’est arrivé », explique-t-il.

Des fantômes dans les salles de classe ?

La troisième rumeur évoque l’apparition de fantômes dans certaines salles de classe, qui auraient sifflé les élèves et rendu l’école dangereuse. Ces histoires ont renforcé l’inquiétude de plusieurs parents, au point que certains ont interdit leurs enfants de fréquenter l’établissement. Pourtant, aucune preuve tangible ni témoignage crédible ne vient confirmer l’existence de tels phénomènes.

L’administration dénonce une rumeur paralysante

Le directeur de l’école La Colombe filles, Christian Ouibossé-Bezane, explique que ces rumeurs ont fortement perturbé les activités scolaires. « La paralysie a commencé lundi [9 mars]. Cette affaire remonte au vendredi 6 mars, quand des élèves ont trouvé trois pièces de 50 francs dans une classe. Sans nous en parler, elles les ont amenées chez un pasteur. Ensuite, la rumeur a circulé selon laquelle ces pièces se seraient transformées en fleurs, en chenille et en serpent pendant la prière. Cette rumeur a pris de l’ampleur et a paralysé l’école », insiste-t-il.

Par ailleurs, il confirme que des biscuits ont bien été distribués par le PAM « Pour cette distribution, le PAM a exceptionnellement ajouté des biscuits qui ont été remis aux élèves des deux sections. Aucun incident ne s’est produit. Ce n’est qu’après que les rumeurs ont commencé à circuler, affirmant que les biscuits étaient envoûtés et auraient causé le décès d’une élève », précise-t-il.

Malgré ces rumeurs, certains parents ont maintenu leurs enfants en classe. Éliane, dont les enfants fréquentent l’école La Colombe, affirme ne pas croire à ces rumeurs. « J’ai aussi mangé le biscuit que mes enfants ont reçu et rien ne nous est arrivé. Contrairement à d’autres parents, je continue d’envoyer mes enfants à l’école même s’il n’y a pas beaucoup d’élèves depuis l’apparition de ces rumeurs. J’encourage les parents à laisser leurs enfants reprendre les cours, car ces rumeurs n’ont aucune preuve », dit-elle.

Les autorités locales appellent au retour en classe

Au village Zeregongo (PK26), le chef de groupe Bernard Wabiro se dit préoccupé par l’impact de ces rumeurs sur l’éducation des enfants. « Ce qui se passe en ce moment me gêne beaucoup. Nous ne connaissons même pas l’origine de ces rumeurs qui paralysent les activités scolaires. J’appelle chaque parent à laisser son enfant reprendre les cours », lance-t-il.

Conclusion de StopAtènè : les vérifications menées sur place montrent qu’aucun élément ne vient confirmer les rumeurs d’envoûtement liées aux biscuits distribués par le Programme alimentaire mondial, ni celles affirmant que des pièces de monnaie se seraient transformées en animaux ou en fleurs. Quant aux prétendues apparitions de fantômes dans les salles de classe, elles ne reposent sur aucun témoignage crédible. Ces histoires relèvent donc de simples rumeurs, qui ont néanmoins suffi à perturber le fonctionnement normal de l’école et à affecter la scolarité des enfants. Faisons attention, vérifions toujours avant de partager. Il faut toujours questionner les narrateurs d’histoires pour détecter ce qui ne va pas.

Sources

-Christian Ouibossé-Bezane, directeur de l’école La Colombe filles

-Naomi, élève en classe de CM1

-Dieudonné Théophile Bangué, le pasteur concerné

-Éliane, parente d’élève à l’école La Colombe

– Bernard Wabiro, chef de groupe du village Zeregongo (PK26).