Faibles recettes, poids élevé des salaires, dépendance aux partenaires extérieurs, sous-financement de la santé et de l’éducation : la revue des finances publiques de la République centrafricaine, publiée le 2 juillet 2026 par la Banque mondiale, dresse le portrait d’un État qui peine encore à financer ses missions essentielles avec ses propres ressources. Mais le document identifie aussi plusieurs pistes pour améliorer la situation.
La République centrafricaine dispose d’un budget limité au regard de ses besoins. Pour l’année 2025, la revue retient un budget total d’environ 385 milliards de francs CFA. Sur ce montant, les recettes intérieures représentaient environ 187 milliards de francs CFA, soit 10,1 % du produit intérieur brut (PIB).
Le PIB désigne la valeur de tous les biens et services produits dans un pays pendant une période donnée. Comparer les recettes publiques au PIB permet donc de mesurer la part de la richesse nationale que l’État réussit à collecter sous forme d’impôts, de taxes, de droits de douane ou de redevances.
Selon la revue, ce niveau de recettes reste insuffisant. L’objectif proposé est de passer d’environ 10 % du PIB actuellement à 12 % à court et moyen terme, puis à 15 % à long terme. Ce seuil devrait permettre à l’État de financer une part plus importante de ses fonctions essentielles et de ses besoins sociaux.
Des dépenses supérieures aux recettes propres
Le document parle d’un « déséquilibre budgétaire structurel ». Cela signifie que le problème ne vient pas seulement d’une difficulté passagère, mais d’une faille ancrée. Chaque année, les dépenses courantes de l’État dépassent les recettes intérieures disponibles. Les dépenses courantes comprennent notamment les salaires des agents publics, le fonctionnement des administrations, les fournitures, les subventions et certaines dépenses de sécurité. Lorsqu’elles dépassent les recettes propres, l’État doit chercher d’autres ressources, notamment des dons et des prêts.
La masse salariale occupe une place importante dans ce déséquilibre. Elle représentait 52 % des ressources intérieures en 2020, 70 % en 2022 et 73 % en 2023. Elle serait revenue à environ 59 % en 2024 et en 2025.

En clair, en 2022 et 2023, près de trois francs sur quatre collectés par l’État étaient utilisés pour payer les salaires. Cette dépense est indispensable, mais elle laisse peu de marge pour les médicaments, le matériel scolaire, l’entretien des bâtiments ou les investissements.

Une forte dépendance aux bailleurs
La revue de la Banque mondiale réitère que la RCA reste très dépendante des financements extérieurs. Entre 2016 et 2021, environ 84 % des investissements publics ont été financés par des ressources étrangères. Entre 2016 et 2024, les bailleurs ont représenté environ 43,5 % de l’ensemble des recettes de l’État.

Cette aide permet de financer des projets que le budget national ne pourrait pas supporter seul. Mais elle rend aussi le pays vulnérable. Lorsqu’un partenaire suspend ou retarde son appui, certains programmes peuvent ralentir ou s’arrêter.
La revue rappelle que le gel de l’appui budgétaire régulier depuis 2020 a accompagné une remontée de la dette publique, passée de 44,4 % à 62 % du PIB. L’État s’est alors davantage tourné vers l’endettement intérieur et régional.
Le coût économique de l’insécurité
La crise sécuritaire pèse aussi sur les finances publiques. Elle réduit l’activité économique, limite la présence de l’administration et rend plus difficile la collecte des impôts.
Les recettes réelles dans le contexte de conflit sont estimées à environ 8 % du PIB, contre un potentiel de 13 % dans un scénario sans conflit. La perte serait d’environ 5,4 points de PIB par an, soit près de 114 millions de dollars chaque année entre 2013 et 2022.
Dans le même temps, les dépenses de sécurité ont doublé entre 2016 et 2021. Elles représentaient environ 3,4 % du PIB, contre 2,1 % pour l’éducation et 1,3 % pour la santé.

La géographie du pays complique encore la situation. L’activité économique, le réseau routier et les services publics sont surtout concentrés autour de Bangui et dans l’ouest. De vastes zones de l’est restent moins desservies, ce qui rend plus coûteuses la collecte de l’impôt et la prestation des services publics.
Une économie largement informelle
La faiblesse des recettes s’explique aussi par le poids de l’économie informelle. À Bangui, la revue estime que s’il existe huit entreprises, une seule est formelle contre sept entreprises informelles.
Une entreprise formelle est enregistrée auprès de l’administration et doit déclarer ses activités. Une entreprise informelle exerce sans remplir tout ou partie de ces obligations. Cette situation réduit le nombre de contribuables et fait peser une plus grande charge sur les entreprises déjà enregistrées.
Le document souligne également la dépendance à quelques taxes. Près du quart des recettes provient des taxes sur les carburants. Or, indique la revue, ces recettes ont chuté de 60 % en 2022.
Forêt et mines : un potentiel peu exploité
La revue identifie d’importantes marges de progression dans les secteurs extractifs. Les recettes forestières sont estimées à environ 3,7 milliards de francs CFA par an, alors qu’elles pourraient atteindre 9,1 milliards. Dans le secteur minier, les recettes actuelles seraient proches de 500 millions de francs CFA, pour un potentiel estimé à 6,4 milliards.
Une meilleure application du Code minier de 2024, un contrôle plus rigoureux des déclarations et une meilleure perception des redevances pourraient permettre de doubler, voire tripler les recettes extractives, sans nécessairement créer de nouveaux impôts.

Santé et éducation encore sous-financées
La faiblesse des recettes se ressent directement dans les secteurs sociaux.
L’éducation reçoit environ 10 % des dépenses publiques, contre une cible internationale de 20 %. La santé en reçoit 6,4 %, contre un objectif de 15 % fixé par la Déclaration d’Abuja.
La revue fait état de 271 élèves pour un enseignant rémunéré par l’État dans le primaire public. Elle indique aussi que 37 % des dépenses d’éducation sont consacrées à l’enseignement supérieur.
Dans le secteur de la santé, l’État ne dépense qu’environ 1,3 % du PIB. Les ménages doivent donc payer directement une grande partie de leurs soins. Cette situation est particulièrement lourde dans un pays où environ deux habitants sur trois vivent sous le seuil de pauvreté.

Des problèmes de transparence et d’exécution
Le document relève aussi des faiblesses dans la gestion de l’argent public. La RCA occupe la 115e place sur 125 pays dans le classement Open Budget, qui mesure la transparence budgétaire.
En 2023, 63 % des marchés publics auraient été passés de gré à gré, c’est-à-dire sans appel d’offres ouvert. Le document relève également que les entreprises publiques ENERCA (électricité), SODECA (eau) et SOCATEL (télécommunication) représentent une dette cumulée supérieure à 4 % du PIB.
Seulement 11 % des investissements financés sur ressources intérieures auraient été exécutés en 2023. Autrement dit, une grande partie des dépenses prévues au budget n’a pas été effectivement réalisée.
Devant cette panoplie de difficultés structurelles, la Banque mondiale a proposé des pistes de solutions.
Numériser, mieux collecter et mieux dépenser
Parmi les solutions proposées, la numérisation de l’administration fiscale occupe une place centrale. La Banque mondiale estime qu’elle pourrait rapporter jusqu’à deux points de PIB supplémentaires à court terme.
La feuille de route repose sur trois axes : mobiliser davantage de recettes, améliorer l’efficacité des dépenses et renforcer la transparence.
Les premières réformes concernent notamment la fiscalité des carburants, la gestion de la trésorerie et de la dette, la numérisation fiscale, la transparence budgétaire et la coordination de l’aide extérieure. À plus long terme, le document recommande les marchés publics électroniques, le cadastre numérique, la réforme des entreprises publiques et une meilleure répartition des dépenses vers la santé et l’éducation.
Au fond, la revue pose une question simple : comment permettre à l’État centrafricain de financer davantage ses propres services et de dépendre progressivement moins des bailleurs ?
La réponse proposée tient en trois priorités : collecter plus efficacement, mieux utiliser les ressources disponibles et rendre la gestion publique plus transparente.
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