Depuis le 9 octobre 2026, une publication circule sur Facebook et dans des groupes WhatsApp, insinuant que 70% des filles de Bangui âgées de 19 à 35 ans seraient atteintes du VIH/SIDA. Selon l’auteur de cette publication, ces données seraient publiées par l’ONU. La cellule #StopATènè a vérifié auprès des sources officielles et a constaté que ces chiffres sont faux et ne correspondent à aucune donnée officielle.

Capture d’écran de l’infox
L’infox est publié par le compte Facebook « Blacka Bakanal ». La publication évoque l’existence d’un rapport de l’ONU qui indiquerait que 70% des filles de 19 à 39 ans toutes habitantes de Bangui en République Centrafricaine sont porteuses du VIH/SIDA. L’information a générée 116 mentions j’aime, 76 commentaires et a ensuite été massivement partagée dans plusieurs groupes WhatsApp.
Cette information a suscité de nombreuses réactions d’internautes, notamment sur l’origine exacte des chiffres avancés. Ces chiffres sembleraient être en contradiction avec les tendances connues et les statistiques régulièrement publiées par les autorités sanitaires et les partenaires techniques dont le Comité national de lutte contre le sida (CNLS) et l’ONUSIDA. L’ampleur des chiffres avancés et la non-précision de la période du rapport cité ont conduit la cellule #StopATènè à mener une vérification afin d’éclairer la lanterne du public.
Vérification des faits
Pour démêler le vrai du faux, #StopATènè a consulté les rapports annuels de l’ONUSIDA de 1990 à 2025 disponibles sur son site officiel ainsi que ceux de l’OMS. Ces documents présentent les taux de prévalence du VIH en République centrafricaine dans la période sus indiquée. Aucun d’entre eux n’indique que 70 % des filles de Bangui âgées de 19 à 35 ans seraient porteuses du VIH, comme l’affirme cette publication trompeuse. Contrairement à cette infox, le dernier rapport annuel de l’ONUSIDA 2025 (dernière colonne) révèle une prévalence de 2,4 % chez les personnes âgées de 15 à 49 ans (tous sexes confondus), soit 3,0 % des femmes et 1,7 % des hommes vivent avec le VIH en RCA. Des chiffres bien différent et largement en dessous des statistiques avancées dans ce poste Facebook.

Capture d’écran du rapport d’ONUSIDA de 1990 à 2025, ici uniquement la tranche 2020-2025
#StopATènè s’est ensuite rendu au Comité national de lutte contre le Sida (CNLS) pour avoir des données fiables par rapport aux chiffres avancés dans la publication de Blacka Bakanal. Interrogé, Docteur Augustin Balékouzou, épidémiologiste et biostatisticien au service des statistiques du CNLS, rejette cette affirmation : « non, c’est une fausse information ». Il confirme par ailleurs les données de l’ONUSUDA, estimant le nombre d’adultes (15-49 ans) vivant avec le VHI-SIDA à 96.000 personnes, soit 2,4% de la population.
Un peu plus loin, #StopATènè a consulté le rapport annuel de l’Organisation mondial de santé (OMS) de 2024 en République centrafricaine sur son site web. Ce rapport présente un taux de prévalence du VIH qui est de 2,4% chez les personnes âgées de 15 à 49 ans, (3,1% chez les femmes, 1,8% chez les hommes). Soit environ 100 000 personnes vivant avec le VIH dans le pays, dont 8 000 enfants. Soit 4.000 nouvelles infections de plus et cela correspond aux 4.000 nouvelles infections qui étaient attendues jusqu’en fin 2024.
Cependant, lors de la célébration en différé de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, le 3 décembre 2025 en République centrafricaine, l’ONUSIDA avait salué des progrès remarquables, notamment une baisse de 62 % des nouvelles infections et une réduction de 72 % des décès liés au VIH en 2024, tout en soulignant des défis persistants, dont un taux de transmission mère-enfant encore estimé à 18 %. Cette régression chiffrée avait enrichi un article de Radio Ndeke Luka pour contrer une infox selon laquelle il y avait plus de 15.000 nouveaux jeunes infectés par le VIH en 2024.
Les vérifications montrent clairement que le chiffre de 70% des jeunes filles âgées de 19 à 35 infectées par le VHI à Bangui ne repose sur aucune donnée officielle. Il s’agit d’une affirmation infondée, qui mélange ou déforme les statistiques disponibles et ne correspond ni aux rapports du CNLS, ni de l’organisation mondiale de la santé, ni aux données des partenaires internationaux.
En conclusion, l’affirmation selon laquelle 70% des filles de Bangui âgées de 19 à 35 ans seraient contaminés par le VIH/SIDA est fausse. Les chiffres officiels de l’ONUSIDA, de l’OMS et du CNLS font état de 2,4% des personnes âgées de 15 à 49 ans soit un nombre compris entre 96.000 et 100.000 personnes de tous les sexes, et ce, pour toute la République centrafricaine et non seulement la ville de Bangui.
#StopATènè, la cellule numérique de Radio Ndeke Luka qui lutte contre la désinformation, les rumeurs et les messages de haine.
Sources :
- Site du CNLS ;
- Site de l’OMS ;
- Site ONUSIDA ;
- Docteur Augustin Balékouzou
