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Bouar, foyer culturel l’espace d’un week-end

Le Centre Kisito de Bouar a refusé du monde vendredi 8 juin. Pour la première fois, la pièce « N’garagba, maison des morts, un prisonnier sous Bokassa » a été jouée dans cette ville du nord-est de la Centrafrique. Pour la première fois depuis bien longtemps, les populations ont découvert les vertus du théâtre et la relation entre la culture et un pan entier de l’histoire de la RCA, leur propre histoire. Preuve s’il en était besoin encore que l’histoire contemporaine fait partie de la culture.

Cette manifestation qui a fait vibrer la ville, s’inscrit dans le cadre d’une caravane de la francophonie initiée par le service culturel de l’ambassade de France à Bangui, lequel démarre ainsi une tournée dans les préfectures. L’objectif, comme l’a expliqué à Radio Ndeke Luka, Monsieur Jean-Philippe Deschamps, attaché culturel est double : « d’abord accoler à la culture un nouveau signifiant qui la ramène dans l’arène publique, qui la sort des tours d’ivoire et la ramène dans la rue, dans les foyers, qui fait ressortir son rôle vital dans les communautés, aussi ordinaire que les services de santé et l’eau potable. Ensuite, montrer la corrélation entre culture et développement.»

A Bouar, en plus du théâtre, la délégation de l’ambassade de France a procédé, aux côtés de l’ensemble des autorités de la ville, à l’inauguration  ce samedi 9 juin, d’un musée moderne dédié aux instruments traditionnels. Ce musée sera désormais une des principales attractions de la ville. Pourvu également que le ministère du Tourisme et celui de la culture, sachent l’exploiter de manière efficiente.
Pour ce qui est de la pièce de théâtre tout Bouar, il s’agit d’un zoom sur un témoignage de l’histoire centrafricaine.
La pièce « N’Garagba- Maison des morts- un prisonnier sous Bokassa » est une création née d’une rencontre entre un témoignage historique, une enseignante de lettres du lycée français de Bangui et un jeune comédien de talent, Bénit Pandian.

En février 1966, le pilote Jacques croise le commandant Obrou qui lui fait part de sa tentative de coup d’Etat. Jacques est arrêté et jugé pour complicité dans l’affaire du coup d’Etat contre Bokassa. Il est incarcéré dans la prison de N’Garagba et va lutter contre la mort pendant quatre années interminables. Cette histoire est l’histoire vécue et racontée par Jacques Gallo, un pilote de l’armée centrafricaine sous Bokassa, dans un ouvrage (du même titre que la pièce), poignant et vibrant de sincérité.

Pour Muriel Malus, professeure de Lettres au Lycée français Charles-de-Gaulle de Bangui, la découverte du texte de Jacques Gallo imposa comme une « évidence » de l’adapter en pièce de théâtre. Quant à Bénit Pandian, son interprétation fut pour lui une « nécessité » de raconter sur scène l’Histoire de sa terre et de son peuple.

La pièce est un devoir de mémoire pour le peuple centrafricain. Son adaptation se veut également une réflexion sur le pouvoir politique en général, ses dangers quand il devient arbitraire et se croit omnipotent.

Cette tournée de la pièce en province est une première en RCA. Elle donne tout son sens à la coopération culturelle.

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