Centrafrique : Bangui toujours tendue, les forces internationales s’activent sur le terrain

Centrafrique : Bangui toujours tendue, les forces internationales s’activent sur le terrain

La tension est montée d’un cran dimanche à Bangui. Des milliers de musulmans ont exprimé leur opposition à l’opération Sangaris menée par les soldats français, suite au décès de trois combattants de l’ex-coalition rebelle Séléka dans un accrochage avec des militaires français quelques heures plus tôt.

Sur des banderoles, ces manifestants hostiles à la présence des militaires français, ont mentionné : « Non à la France », « Hollande criminel! ». Les mécontents ont scandé ces slogans pour dénoncer « la partialité » des soldats français déployés début décembre 2013 en République centrafricaine (RCA), où ils tentent de mettre fin à des violences inter religieuses à grande échelle.

Par ailleurs, les déplacés internes de l’aéroport de Bangui M’Poko ont voulu marcher ce lundi, pour soutenir les forces françaises de l’opération Sangaris. Sur les pancartes des déplacés, on peut lire : « Aide à la France … Oui au désarmement des Séléka par les Sangaris ».

De sources concordantes, cette marche organisée à partir de leur site, devait aboutir au centre-ville. Mais elle s’est heurtée à un incident mortel dès le début. Selon les témoignages, un sujet tchadien à bord d’une voiture privée a tiré sur les manifestants avec un pistolet automatique. Ces derniers s’en sont pris à lui et son fils. Les deux ont été tués et le véhicule brûlé.
 
Mais le Général Francisco Soriano, commandant l’opération Sangaris en Centrafrique, atteste que ses hommes n’interviennent que dans l’intérêt du rétablissement de la sécurité dans le pays.  « La Force Sangaris est une force qui est impartiale. Nos hommes ne sont pas en mesure de faire la différence entre telle ou telle communauté. Ils agissent au profit de tous les centrafricains. Depuis le début de notre engagement, nous avons fait baisser le niveau des exactions, nous avons protégé des populations chrétiennes et musulmanes qui faisaient l’objet soit d’exactions soit de lynchages. Nous avons protégé des maisons de la part des pillards pour illustrer cette impartialité ».

Toujours selon le Général Soriano, des actions de sécurisation sont menées à Bangui mais aussi dans d’autres préfectures de la RCA. « Dimanche dernier, nous étions entre Bossembélé et Yaloké, nos éléments sont intervenus sur des groupes de personnes qui commettaient des exactions, notamment des pillages. Ils ont arrêté ces personnes et les ont désarmées. Ces personnes se sont affichées comme appartenant à l’ex-Séléka. Au moment où nos hommes étaient en train de faire cesser ces exactions, une autre milice armée est intervenue à titre de représailles. Mes hommes ont également arrêté ses actions, ils ont désarmé ces personnes, qui eux, se réclamaient de la milice anti-balaka » a-t-il ajouté.

Pour le commandant de l’opération Sangaris, la population doit en effet appuyer les forces internationales à savoir Misca et Sangaris dans la lourde tâche qui leur a été confiée. « La situation que vit le Centrafrique est difficile. Il y a d’abord prolifération d’armes. Il faut arrêter cette prolifération d’armes et les récupérer. Ensuite, il y a de la violence même dans les esprits. Nous avons commencé à désarmer les mains, il va falloir désarmer les esprits de façon à ce que tout le monde revienne à une position raisonnable. La difficulté de la situation, il faut éviter que les communautés s’affrontent. A Chaque fois que nos soldats se déploieront sur le terrain tout comme les soldats de la Misca, que les populations leur réservent le meilleur accueil, qu’elles n’hésitent pas à leur parler. Ils sont là pour les Centrafricains, pour que la situation que traverse le pays s’améliore » a-t-il dit.

La Mission Internationale de Soutien en Centrafrique (Misca) se dit prête à rencontrer les milices anti-balaka. Elle veut ainsi engager avec les hommes armés de cette milice, une médiation afin de mettre fin aux spirales de violences qui secouent le pays, a déclaré le Général Jean Marie Michel Mokoko, Chef de la Misca. « Pour le moment, nous sommes confrontés à une situation d’insécurité à Bangui. Si je peux, avec l’ensemble de ma mission, régler ce problème par la médiation, je suis preneur. C’est pourquoi, je souhaiterais rencontrer les anti-balaka. En ce qui concerne les Séléka, ils sont identifiés. Nous sommes tombés d’accord qu’ils devaient être cantonnés et désarmés. Tous les autres qui se réclament être de Séléka, qui ne sont pas identifiés et que nous trouverons en train de terroriser la population, seront traités comme des voyous. Il en est de même pour les anti-balaka ».

Tout comme le Chef de la Misca, le Chef d’Etat de transition, Michel Djotodia, dans une déclaration faite dimanche, est partant pour un dialogue avec les anti-balaka. « Je renouvelle mon entière disponibilité à discuter avec tous ceux qui ont pris les armes, à tort ou à raison, pour qu’enfin, tous sans exception, nous soyons désarmés, un désarmement physique mais surtout un désarmement des cœurs ». 

Michel Djotodia invite le peuple Centrafricain à prendre son mal en patience et attendre l’organisation des prochaines élections qui, selon lui, est un signe prometteur pour le décollage du pays. « Nous organiserons des élections libres et transparentes avec l’aide de tous nos partenaires. Je me battrai pour faire asseoir les fondations du Centrafrique nouveau, rêve pour lequel je me suis battu toute ma vie. Je vous engage à croire en ce rêve. Car, il ne sera réalité que par l’adhésion collective sans réserve. Renfermons dès maintenant nos machettes, nos fusils et autres armes de tout genre en bulletin de vote, et gardons notre mal en patience ».

Sur le plan militaire, depuis le regain de tension de ces derniers jours à Bangui, les troupes françaises ont multiplié leurs patrouilles, alors que la Misca a revu son organisation dans la capitale. Les huit arrondissements à Bangui correspondent aux huit secteurs sous contrôle de la Misca. L’idée est de créer plus de proximité entre les populations et les troupes de la mission africaine, afin de permettre plus facilement à ces populations de faire appel à ces contingents en cas d’explosion de violence, et de réduire les distances pour les patrouilles.

Le Général Martin Tumenta Chomu, commandant militaire de la Misca, explique que « chaque secteur est attribué à un commandant d’unité. Les huit arrondissements sont sous les ordres de détachement congolais et de détachement burundais, l’ensemble faisant plus de 2 000 hommes ».

Ce lundi, la circulation est restée très limitée sur les principales avenues de la ville. Plusieurs commerces sont restés fermés. Aucune structure bancaire n’a ouvert ses portes. Pourtant, le marché central est fonctionnel ainsi que quelques boulangeries. Dans certains quartiers, à l’exemple de Gobongo dans le 4ème arrondissement, les éléments anti-balaka ont érigé des barrières pour empêcher toute activité des taxis et bus.