Les audiences dans l’affaire Guen se poursuivent devant la Cour pénale spéciale à Bangui. Lundi 2 mars, la cour a présenté les pièces à conviction, notamment deux vidéos ainsi qu’un ensemble de documents susceptibles de constituer des charges contre les accusés.
Ces pièces à conviction comprennent des téléphones portables de différentes marques appartenant aux accusés. Pour l’accusé Edmond Beyina, la cour a présenté un mini-radio transistor et un couteau de jet. Un cahier de 50 pages versé au dossier de la procédure a également été exposé devant la cour. Ce cahier, apporté par un témoin, contient 89 noms de personnes qui auraient perdu la vie au cours des événements. Selon le parquet général, toutes ces pièces ont été saisies au cours de la procédure.
La cour a ensuite projeté deux vidéos. La première fait état de tueries de plus de 44 éléments de la Séléka abattus à l’aide de machettes et d’armes à feu. Ces faits seraient confirmés par un appel téléphonique entre le suppléant du député de la région et l’accusé Edmond Beyina. La seconde vidéo présente le témoignage d’une jeune fille musulmane âgée de 12 ans au moment des faits. Cette dernière affirme que son père et son frère ont été tués devant elle à Guen. Selon elle, à la suite de ces violences, elle a fui avec sa mère vers Carnot (Mambéré). Marquée par ces événements, elle déclare ne plus vouloir retourner à Guen.
Contestation de la défense
Après ces projections, le parquet a rappelé à la cour qu’elle constitue le seul espoir pour cette jeune fille à qui ces violences ont arraché la joie de vivre. La défense de son côté conteste le lien entre les vidéos et les accusés. Elle souligne que ni les noms, ni les images de ses clients n’y apparaissent. Par ailleurs, elle affirme attendre des éléments de flagrance plutôt que de simples témoignages. Concernant l’appel téléphonique reproché à Edmond Beyina, son avocat déclare ne pas reconnaître la voix de son client. L’accusé lui-même nie qu’il s’agit de la sienne.
Des certificats médicaux des victimes, l’organigramme du Mouvement Anti-Balaka, un rapport de Human Rights Watch sur les tueries ainsi que des procès-verbaux de police contenant des témoignages ont également été présentés à la cour. Pour le parquet, ces éléments visent à établir l’existence de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis à Guen entre février et mars 2014. Des faits imputés aux accusés. Six accusés, présentés comme membres des Anti-Balaka, sont poursuivis pour meurtres, violations et déplacements forcés de populations civiles. Les faits remontent à la période entre février et mars 2014 dans la Mambéré-Kadéï.
Le procès est suspendu et reprendra le 16 mars avec les débats contradictoires.
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