#StopATènè : le vrai ou faux de Radio Ndeke Luka

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Rosmon Zokoue, président de l'Association des blogeurs de Centrafrique (ABCA)

« Chaque fois que la vérité éclate, la désinformation a déjà fait des dégâts »

Les rumeurs et la désinformation restent un défi important à relever en République centrafricaine. Les multiples crises militaro-politiques que le pays a connues sont dues en partie à ces deux phénomènes. Rosmon Zokoué, journaliste et activiste de lutte contre la désinformation, répond aux questions de #StopATènè.

  • Quelle différence existe-t-il entre rumeurs et fausses informations ?

« Les rumeurs sont des affirmations répandues de bouche à oreille avec une prétention de vérité. Par contre, les fausses informations, quant à elles, sont de fausses nouvelles créées dans l'intention de nuire ou de tromper. Ces deux phénomènes ne datent pas de notre temps. Cependant, l'émergence des réseaux sociaux, le manque de cadres réglementaires et le manque d'éducation aux médias, en ont fait une menace sérieuse et dangereuse pour la société. Par exemple, la République centrafricaine, où les problèmes sociaux s'aggravent, est devenue un foyer de canulars car, que ce soit la rumeur ou la fausse information, elles s'appuient toujours sur la fibre émotionnelle de l'homme.»

  • En quoi les fausses informations ou rumeurs sont-elles nocives pour une société?

« Les rumeurs et la désinformation sont l'un des facteurs les plus déstabilisants dans n'importe quel pays. Elles peuvent diviser les communautés sur la base de fausses vérités. Elles peuvent provoquer des émeutes et même des massacres de populations. Le génocide des Tutsi, en 1994 au Rwanda, nous l'a appris. Et la RCA n’est pas non plus à l'abri.»

  • Avez-vous vécu une expérience de la désinformation ?

« Après l'attaque de l'église de Fatima à Bangui en mai 2018, nous avions malheureusement assisté à des représailles. Dès que les images manipulées ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux, les représailles ont suivi. Mais ceux qui ont perdu la vie à ce moment-là n’étaient pas forcément des présumés coupables. C’était beaucoup plus des innocents. Ce fut un moment de forte émotion et de regret quand, personnellement, j'ai dû travailler pour contribuer à faire la lumière sur ce sujet. Malheureusement, chaque fois que la vérité éclate, la désinformation a déjà fait des dégâts. Je reste marqué à jamais!»

  • Face au phénomène de la désinformation, quelle meilleure attitude doit-on adopter?

« Vérifier avant de partager…C'est un geste essentiel qui peut sauver des vies, préserver la paix et plus encore. En vérité, les rumeurs et les fausses informations peuvent également créer de faux espoirs qui peuvent être sources d'autres frustrations à court, moyen ou à long terme. La seule façon de lutter contre ces phénomènes, c'est de promouvoir les contenus médiatiques de qualité. Cela passera par les opportunités de formations pour les professionnels de médias, l'initiation aux médias dans les écoles et une bonne sensibilisation sur les droits de l'homme en général. Faire comprendre au citoyen que le monde virtuel n'est pas un monde imaginaire. La loi peut être appliquée en ligne. Mais pas que ça. Le gouvernement aussi doit faire un effort pour créer des conditions nécessaires pour que cela soit possible, en donnant un accès aux sources d'informations et s'abstenir de toute censure visant les médias.»

#StopATènè, l’équipe qui lutte contre la désinformation et les discours de haine en Centrafrique.

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